Correspondances citoyennes

De quoi s'agit-il, en quelques mots ?

L'âge de la Tortue invite des auteurs, des plasticiens, des vidéastes, des metteurs en scène à initier une « correspondance » avec les habitants d'un quartier populaire de Rennes : le Blosne. À partir d'une immersion de deux semaines au cœur de la réalité sociale du quartier, ces artistes cherchent à transposer sur l'espace public la vision du monde dont sont porteurs les habitants impliqués dans le projet. Chaque correspondance est un objet qui s'adresse à une personne et appelle une réponse. Sa forme est entièrement libre ; son contenu traduit le regard que porte l'expéditeur sur son territoire de vie à travers trois thèmes : l'urbanisme, l'immigration ainsi que notre rapport au temps et au travail.

Un principe d'action fondamental lors de la résidence :

Le premier principe de Correspondances réside dans le renversement du schéma classique de la relation artiste/habitant. S'intéresser à chaque personne avant d'essayer de l'intéresser à ce que nous faisons. On n'est plus face à un « public » constitué, qui se déplace dans un lieu culturel parce qu'il a fait le choix de découvrir le travail d'un artiste. C'est à l'artiste d'aller se frotter à l'inconnu ; il est à l'initiative de la rencontre avec les habitants du quartier (tous âges confondus, et quel que soit leur niveau de relations - fort ou inexistant - avec les réseaux associatifs locaux), c'est donc à cet artiste d'imaginer comment cette rencontre, d'abord humaine, peut advenir. En résumé, Correspondances est avant tout d'un projet artistique en prise avec la réalité vécue par nos concitoyens sur le Blosne.

Qu'est-ce qu'une « correspondance » ?

Une « correspondance » est un objet signé par son expéditeur, qui s'adresse à une personne et qui appelle une réponse. Sa forme est entièrement libre (textes, vidéos, installations, performances...) ; son contenu reflète le regard que porte l'expéditeur sur la vie au Blosne. L'idée est d'interpeller les habitants sur des sujets qui font partie de leur quotidien mais pour lesquels leur avis est rarement sollicité. Chaque artiste détermine à l'avance la question qui sera la colonne vertébrale de son projet de résidence. Par exemple :

  • Quel impact le nouveau projet urbain du Blosne pourrait-il avoir sur la vision des Rennais sur ce quartier ?
  • Quelle vision de la vie en France les étrangers installés au Blosne transmettent-ils à leur famille restée au pays (vision réaliste, fantasmée, arrangée...), et pourquoi ?
  • Quelle place occupe le travail dans le quotidien des habitants du Blosne ? Comment la collectivité participe-t-elle à l'organisation du temps non travaillé ?
  • A quel endroit chacun imagine-t-il la frontière qui distingue la sphère privée de l'espace public ?

Bien entendu, au-delà de ces questions qui relèvent du politique, c'est d'abord la dimension sensible de la rencontre artiste / habitant qui nous intéresse. Chaque résidence se veut être une occasion pour les habitants de :

  • Se sentir légitimes pour porter une parole, un sentiment, un point de vue sur la place publique,
  • S'aventurer hors de leur cocon, au-delà de leur espace intime, pour aller se frotter à des visions de la société aussi plurielles et variées que la population qui vit et travaille au Blosne.
  • Se confronter au travail de création pour imaginer de nouvelles manières de faire partager leur propre regard sur le monde qui nous entoure.

Correspondances réinvestit finalement certaines questions-clés sur nos modes de vie en société : comment appréhender la diversité des réalités vécues sur un territoire ? Comment prendre en compte la singularité du regard et du parcours de chacun pour avancer vers un « mieux-vivre ensemble »?

Mobiliser 2 habitants et débuter 3 « correspondances ».

Chaque artiste se donne pour mission d'impliquer deux habitants du Blosne dans le projet. Les rencontres sont parfois nombreuses lors des résidences, il ne s'agit pas d'engager une « correspondance » avec chaque habitant rencontré ; l'objectif ici est de faire passer deux personnes rencontrées de leur statut d'habitants à un statut de « correspondants ». Les deux premières correspondances sont le fruit du travail commun de l'artiste avec chacune de ces deux personnes ; la troisième est une production personnelle de l'artiste.

Qui est l'expéditeur ?

Pour les deux premières « correspondances » : l'expéditeur est le binôme « habitant - artiste ». L'habitant est toujours signataire du discours, du contenu de la correspondance. L'artiste se porte toujours garant de la réalisation de l'objet esthétique qui supporte ce discours. Éventuellement, l'artiste peut co-signer le discours, et l'habitant peut co-réaliser l'objet support.

Pour la troisième « correspondance » : l'artiste est le seul expéditeur ; il réalise de son côté un dernier objet qui traduit sa propre expérience de résident sur le Blosne. Cette production artistique peut notamment exprimer le décalage de son point de vue sur le quartier entre le début et la fin de sa résidence.

Qui est le destinataire ?

Le destinataire est une personne connue (voisin, famille, collègue...) ou inconnue (le maire, le directeur d'un centre culturel, un bailleur social, l'architecte d'un bâtiment du quartier, etc.) de l'expéditeur.